L’accueil : une expérience de vie fondatrice pour les enfants

L’expérience montre que les personnes réfugiées ayant été accueillies personnellement dans une famille (à travers le réseau WELCOME par exemple) réussissent mieux à s’intégrer que ceux qui n’ont pas bénéficié de cet accueil.

Se sentir accueilli, c’est d’abord se sentir reconnu en tant qu’être humain, c’est aussi se sentir valorisé pour ce que l’on est. Bref, l’accueil est un mur porteur sur lequel on peut ensuite s’appuyer pour construire ou reconstruire sa vie. Pour les enfants, c’est la même chose. Être accueilli, être à la place de l’invité, c’est un honneur et c’est aussi se sentir important. C’est essentiel pour la confiance en soi.

Mais sortir de sa famille pour aller dans une autre famille, c’est aussi faire l’expérience d’un regard bienveillant, différent de celui de ses parents.        Ce regard, parce qu’il est extérieur, crée ou recrée en soi un espace de liberté pour oser exprimer une autre facette de sa personnalité ou d’autres centres d’intérêts.

Ainsi, être accueilli avec chaleur et bienveillance, non seulement donne ou redonne confiance en soi, mais ouvre aussi de nouveaux horizons tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de soi !

Comment satisfaire le besoin d’autonomie chez l’enfant ?

Pourquoi est-il important de permettre aux enfants d’évoluer dans des environnements différents de leur famille pour bâtir leur autonomie ?

Un environnement suffisamment riche

Maria Montessori disait toujours que le plus important dans l’éducation n’est pas de transmettre des connaissances, des savoir-faire ni même des valeurs, mais de fournir à l’enfant un environnement suffisamment riche pour qu’il puisse y trouver de quoi se nourrir par lui-même. La famille est un type d’environnement où l’enfant se sent généralement en confiance mais qui ne peut satisfaire entièrement ses besoins intellectuels et relationnels. Ainsi, l’enfant a besoin de développer son autonomie mais aussi d’explorer et d’expérimenter pour satisfaire sa curiosité.

Un environnement ouvert et structurant

Les besoins et aspirations de chaque enfant sont différents en fonction de sa manière propre d’être au monde, de découvrir et de ressentir ce qui l’entoure. De même qu’il y a différents chemins pour arriver à Rome, il y a différents chemins pour grandir et s’épanouir. Chaque enfant a une manière différente et bien à lui d’appréhender le monde et d’y laisser sa trace voire d’y trouver son chemin.

C’est à nous, adultes, d’être attentifs à cette voix particulière, de l’entendre et d’y répondre en offrant à l’enfant un environnement suffisamment riche et adapté pour qu’il y trouve de quoi expérimenter et nourrir toutes les dimensions de sa personnalité. Un environnement riche ne signifie pas forcément pléthore d’activités différentes, mais plutôt un cadre relationnel, affectif et intellectuel structurant pour que l’enfant y trouve des repères et ouvert et tolérant pour qu’il s’y sente autorisé à parler de tout et trouver des réponses aux questions qu’il se pose.

Un environnement adapté au stade de développement de l’enfant

Un environnement riche est aussi un environnement qui répond aux besoins de l’enfant en fonction de son stade de développement, ce que Maria Montessori appelle « les périodes sensibles ». Ainsi, aux alentours de 2-3 ans, l’enfant prend conscience de lui-même, il découvre son corps et ses sens. C’est pourquoi il a besoin d’expérimenter pour se sentir exister et développer son autonomie. Une promenade ne pourra donc faire 15 km ni se faire en poussette ou dans un porte-bébé, car l’enfant aura besoin de s’arrêter tous les 10 mètres pour toucher, sentir, voire goûter, tout ce qu’il voit au bord du chemin. Et cela est bien normal… A 6-7 ans, l’enfant commence à développer un besoin d’autonomie différent qui passe par le développement des relations sociales. Ainsi, il aura besoin qu’on le laisse voir des amis, faire des activités avec d’autres enfants partageant ses centres d’intérêt, etc. Si l’enfant ne peut faire ces expériences pour se construire affectivement, socialement et intellectuellement, il se construira de manière bancale, essayant perpétuellement de compenser un manque. Un manque d’expériences sensorielles, par exemple, pourra être compensé par un surdéveloppement de la sphère mentale et du contrôle par l’intellect sur son environnement et un manque de confiance et d’autonomie par une autolimitation de ses capacités relationnelles.

Un environnement que l’enfant se sent autorisé à explorer

Enfin, il est essentiel de noter que l’enfant doit sentir que l’adulte lui fait suffisamment confiance pour évoluer dans un nouvel environnement de manière libre et oser l’investir pour pouvoir y nourrir sa curiosité.

Cela signifie qu’on aura beau proposer à un enfant un environnement adapté à ses besoins, s’il ne se sent pas autorisé à l’explorer, il n’en tirera aucun bénéfice. Les parents auront parfois tendance à remettre en question le seul environnement sans s’interroger sur leur relation parent-enfant.                  Mon enfant se sent-il libre de faire de nouvelles expériences hors du cadre familial ? A contrario, si l’enfant se sent autorisé – le plus souvent inconsciemment- à explorer d’autres environnements que le sien, il pourra aller à la rencontre de lui-même et approfondir son désir propre, différent de celui de ses parents. C’est ainsi qu’il développera son autonomie et sa maturité affective sur laquelle il pourra construire sa maturité intellectuelle et non l’inverse …

Le rôle vital de l’imaginaire dans le développement de l’enfant

Entre 2 et 12 ans, les enfants sont extrêmement sensibles à l’imaginaire. Ils en ont même grandement besoin pour apprivoiser la réalité. Ainsi, les récits qu’ils s’inventent leur servent à formuler des hypothèses pour tenter de trouver une logique au monde qui les entoure. Sans imaginaire, l’enfant reste collé à ce qui lui arrive sans pouvoir lui donner sens.

De plus, sa capacité à développer des histoires permet à l’enfant de garder ou retrouver une certaine maîtrise sur les situations et les relations dans lesquelles il est souvent pris malgré lui. Pour certains, s’inventer des histoires qui ressemblent à celles des autres peut aussi être une manière de s’identifier à eux. Or, c’est en s’identifiant à ses proches et aux personnes qu’il apprécie que nous nous construisons progressivement.

L’enfant peut ainsi donner une cohérence à son monde intérieur, souvent marqué par des émotions fortes et parfois contradictoires, grâce aux liens qu’il tisse entre les choses par le développement de son imagination. Il donne alors non seulement vie à ses émotions mais aussi les relie à des mots. Cela lui permet de donner un sens à l’expérience vécue et se forger une place dans le monde. Avec l’aide de son imaginaire, l’enfant peut survivre à ses émotions !

L’imaginaire est donc pour l’enfant un espace de conquête, de liberté et d’apaisement. Il joue un rôle crucial dans la construction de sa personnalité et contribue grandement à son développement psycho affectif.